| Non, tout n'est pas tout beau tout rose dans ma vie de petite grande fille. Il est temps pour moi de vous parler de mes difficultés. Oh, sur le plan apprentissage, autonomie, tout va bien ! Tout va même très bien ! Je suis participative, enjouée, autonome, j'apprends vite, je sais respecter des consignes, attendre mon tour, je m'habille toute seule, vais faire pipi toute seule dans les toilettes des grands, me brosse les dents toute seule, me lave les mains toute seule, et en plus de tout ça je râle si on veut faire les choses à ma place ! Mais voilà, affectivement, je suis fragile. Depuis la naissance de ma petite soeur, et surtout depuis qu'elle est tout le temps malade, et que je sens mes parents préoccupés, voire angoissés par sa santé et moins disponibles, attentifs et patients envers moi. Après l'agressivité des premiers temps où j'en voulais à la terre entière de m'avoir donné une petite soeur, qui plus est malade, et qui en plus se permettait d'inquiéter MES parents chéris à MOI, je suis vite devenue demandeuse à outrance d'attentions et de câlins, un peu en retrait à la crèche, serrant fort mon doudou contre moi et suçant mon pouce. Les dames de la crèche ont bien remarqué que j'ai adopté un comportement protecteur vis à vis de mes parents, ce qui est un peu lourd pour mes frêles épaules de 2 ans 3/4. C'est que je les sens inquiets, mes parents, et je voudrais bien les aider à porter ce poids. Mais c'est dur, et pesant, et je pleure beaucoup, et je réclame beaucoup de câlins, et je voudrais bien qu'on ramène Faustine à l'usine des bébés. Moi j'étais bien toute seule avec mes parents ! Papa et maman ont eu un entretien avec la directrice de la crèche. C'est la période de synthèse pour chaque enfant, et la semaine dernière c'était au tour de mes parents de prendre connaissance de ma synthèse, et d'échanger avec ma référente et la directrice à mon sujet. Ils sont un peu tombés des nues quand ils ont su qu'à la crèche je dis que "maman est triste" et "papa est fatigué". Elles ont bien remarqué la rupture dans mon comportement entre l'an dernier, lors de la naissance de Faustine, où je l'acceptais plutôt bien, était équilibrée, ne parlait pas trop de cette petite soeur parce que quand même, elle envahissait mon territoire, mais étais bien structurée dans mon comportement... Et mon retour des grandes vacances, la période où Faustine a commencé à enchaîner les maladies : coqueluche, pneumocoque, bronchiolite, bronchite, et j'en passe, la liste est trop longue... Ca a été un dur hiver psychologiquement pour moi, et j'ai du mal à relever la tête. J'ai du mal à me repositionner dans la famille, j'ai du mal à retrouver ma place, à trouver ma place de grande, et j'ai du ressentiment envers Faustine, parce qu'elle a mis des angoisses dans le coeur de mon papa et ma maman. Je suis jalouse, souvent agressive envers elle, et fragile, ultra sensible au bien-être de mes parents. Et dans 6 mois c'est l'entrée à l'école maternelle, alors il faut se serrer les coudes et m'aider à relever la tête d'ici là. Alors un plan Orsec a été mis en place pour me faire retrouver ma place : - ménager des moments seule avec papa ou maman, où on PART faire une activité extérieure sans Faustine. Ca peut être simplement aller acheter le pain. Et puis comme je suis une grande fille, c'est moi qui pourrais donner la pièce à la boulangère. - Ca peut être aller au square 1h avec un de mes deux parents, juste en tête à tête. - Ca peut être, une fois par semaine, manger seule avec mes parents (actuellement Faustine et moi mangeons avant, allons nous coucher et après seulement papa et maman se mettent à table) - Ca peut être veiller tous les soirs un petit peu plus que Faustine, parce que je suis la grande - Ca peut être partir en vacances toute seule, comme une grande (ça c'est prévu fin juillet, je vais aller passer une semaine chez papinou et tatimi, qui vont me gâter à outrance, ça va faire du bien à mon petit coeur meurtri. - Mais tout ça ne peut marcher que si papa et maman retrouvent leur sérénité, car je suis une éponge et ressens toutes leurs émotions, toutes leurs angoisses en plein coeur, et ça me rend malheureuse. Si papa arrive à dédramatiser et prendre du recul, pour maman c'est plus dur. A chaque fois que le couperet tombe, que Faustine a ENCORE attrappé quelque chose, maman se décourage, se révolte, et a du mal à évacuer le stress, jusqu'à sa guérison, qui malheureusement ne dure jamais bien longtemps. Alors je vais croiser les doigts pour que Faustine guérisse pour de bon, pour que papa et maman enferment leurs angoisses dans une toute petite boite, pour que l'ambiance familiale retrouve sa légèreté, pour que papa et maman consacrent moins de temps aux soins médicaux prodigués à Faustine (les médicaments, le mouchage de nez, les 10 mn matin et soir d'inhalateur, la kiné respiratoire, la pédiatre...) et plus de temps à jouer avec moi, et papa et maman espèrent de tout leur coeur que je vais retrouver mon équilibre et apprendre à apprécier les avantages liés à ma place de grande fille dans la famille... Pour finir sur une note positive, voici mon premier bonhomme tétard |